le noyeau

Le Noyau

C’est couché que je prends conscience de mon noyau. Sa présence est suffisante pour me maintenir immobile, détendu ; au réveil je me sentirai reposé. Mais un noyau d’angoisse réfractaire subsiste, irréductible à mes explications, à mes associations. Le siège du Je est non plus mon cerveau mais mon plexus : ma conscience se localise toute entière dans ce nœud, dans ce nid. Une conscience solaire, si bien qualifiée, rayonne de mon plexus dans tout mon corps, volcan d’angoisse soudain en activité dont les laves me brûlent et me glacent. Localisation aigüe mais difficile à préciser. L’expérience m’a appris à distinguer les angoisses latérales : l’avidité frustrée qui crispe l’œsophage, la haine qui pince le cœur, la violence réprimée qui contracte les muscles de ma nuque et de mes omoplates, les refus rentrés qui rendent douloureux mes intestins, la peur d’une mort brutale qui inverse la poussée d’un de mes réacteurs tandis que l’autre poumon s’oppose à l’expulsion de l’air- j’étouffe, je hoquette, je trouve l’expiration (quel mot !) en hurlant à la mort. Non, il s’agit de mon angoisse centrale, existentielle ; ce n’est ni l’aigreur corrosive de l’estomac, ni le ballonnement explosif de mes tripes. Je la situerais à l’arrière-nombril, là ou mon cordon avec ma génitrice fut coupé et fermé. Pensée fortement imagée qui n’arrange pas mon aspiration au repos. Protéger ce nombril par ou la vie a coulé en moi. Poser sur lui ma main droite, celle des engagements, des écritures, des fidélités. La recouvrir de l’autre main pour l’empêcher de glisser, pour mieux conserver la chaleur. Tel un gisant de marbre en prière pour l’éternité. Je prie donc. Vieux réflexe retrouvé de mon enfance religieuse. Père, ayez pitié de moi. Je ne m’adressais jamais à la Vierge. C’est à mon père seul qu’allaient mes prières. Ecartez de moi ce calice d’amertume. Ne m’abandonnez  pas à la solitude du supplice. 2pongez mes sueurs de sang. Non, depuis longtemps je ne prie plus. A la place une consolation laïque me vient à l’esprit : je pais la part du feu. Mon angoisse prélève sa dîme sur mes succès, sa TVA sur mes moments de bonheur. Détente immédiate, la douleur disparaît  presque. En tout cas elle ne diffuse plus. Les pensées arrêtent leur intrusion, leur sarabande. Je, à nouveau, pense. Je pense à prendre le petit coussin placé par terre hier soir contre le bois du lit. Ma main obéit. Elle dépose précieusement ce bébé en peluche sur mon ventre. Coussin-tampon contre les agressions extérieures. Mon abdomen (j’ai failli écrire mon abdolmen) devient une espèce protégée. Je suis le bébé et sa mère qui font un. Je ne me rendors pas. Je suis calme, heureux. J’ai payé. Je pense à cette page que j’écrirai dans une heure.

 Didier Anzieu /Le penser Etudes des fonctions du penser Page 155  Dunod 1994 



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