Mère Porteuse ?

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Mère Porteuse ?

Il sied mal à un psy de juger tel ou tel débat. Cependant, il peut éclairer d’un savoir acquit au contact des analysants, les arcanes compliquées de certains projets. La législation, en devenir, sur les mères porteuses est un domaine ou il me semble que le regard de la psychanalyse puisse amener un éclairage bienfaiteur.

Je souhaite me placer dans la position de l’enfant à venir…

 

Par mon expérience, je connais bien les moteurs des adultes souffrant du mal d’enfant. Je connais leurs angoisses, leurs dépressions, leurs peurs …et je ressens, à leur contact, toute la détresse dont ils sont porteurs.
Je connais également les souffrances de l’adulte, qui résultent de l’enfance. Période pas forcément cruelle ou malheureuse. Enfance parfois paisible, habituelle, mais qui a posé à l’esprit des questions peinant à trouver réponse.

En somme, le mal d’enfance.

La psychanalyse orbite régulièrement autour de la mère et du père. Ceci est normal dans l’évolution de l’humain. Il existe dans les premières années de la vie, des interactions complexes entre le jeune enfant et ses deux parents. D’abord cela commence au tout début avec la mère. C’est dans son corps que nous arrivons à la vie. J’enfoncerais une porte grande ouverte, si j’énonçais tous les intimes rapports qui se créent, entre l’adulte mère et l’enfant fœtus durant les neuf mois de grossesse. Ce lien complexe à la mère dure ensuite de longues années. Parfois, toute la vie.
Et cette expérience, la toute première expérience d’amour, je la retrouve écrite dans les inconscients. Toujours là, toujours présente, heureuse ou malheureuse, dans l’adulte à tous les âges. Je la retrouve, bien sûr, dans la personne souffrant du mal d’enfant. Nul n’y échappe, la mère est le pivot central et premier de toutes les vies humaines.
Et puis il y a le père. Plus simple ou plus complexe ? Impossible de répondre. Souvent évoqué en analyse comme source presque unique des ressentis ancien, le père est plus facilement chargeable. On peut plus facilement lui en vouloir ou le détester, que de toucher à l’image sacrée de la mère.
Deux êtres doivent donc absolument exister pour que nous arrivions à la vie. Qu’ils soit ou non présent, ils sont les deux personnes indispensables à notre condition de vivants. Lorsque nous naissons, ceci est déjà présent dans notre inconscient.
Lorsque la nature agit seule on ne peut avoir qu’une mère et un père. Il n’existe pas d’autre possibilité.
Déjà ainsi, ce couple initial génère en chaque individu, un ensemble de traces d’une importance considérable.
D’ou vient la souffrance du manque d’enfant lorsqu’elle existe chez l’adulte ? Du monde de l’enfance avec, bien sûr, le couple parent…
S’il convient d’entendre et surtout d’agir, sur les souffrances du mal d’enfant, il me paraît encore plus important de regarder à travers les yeux de ceux qui naîtront par tout nouvelle manière de venir au monde.
Il existe depuis quelques dizaines d’années des techniques de PMA (Procréation Médicalement Assistée) qui rendent possibles des questions comme : « Qui est mon père biologique ? » (don de sperme), et plus récemment: « Qui est ma mère biologique ? » (don d’ovocyte). Ces questions sont douloureuses, mais trouvent réponses et apaisement dans l’aide psychologique.
Est il judicieux d’introduire une troisième personne avec une mère porteuse ?
N’oubliez pas que je regarde avec les yeux de l’enfant à venir.

Il sera peut-être possible dans quelque années d’avoir :

o Une mère biologique ; la femme qui aura donné l’ovule
o Un père biologique ; l’homme qui aura donné un spermatozoïde
o Une mère porteuse, la femme qui aura prêté son ventre

Et entre deux très gros guillemets, une mère et un père « éleveur »…
L’enfant regardant ce groupe que verra-t-il ?
Nous n’avons pas la réponse aujourd’hui, seul, l’enfant l’aura demain…

Alors légiférer sur ce sujet. Discuter entre la pêche au thon rouge et le financement du réseau routier d’un thème aussi fondateur, est ce une bonne idée ?
Il me semble qu’un débat d’une telle importance, doive faire l’objet d’une réflexion lente, documentée et structurée.
La mère et le père sont gravés dans nos inconscients depuis des milliers d’années. On peut donc supposer que toute modification dans cet ordre naturel de la lignée, mette beaucoup de temps à être intégré dans la pensée.

Passer du mal d’enfant à la joie d’être parent sans ajouter au mal d’enfance, demande une attention minutieuse, une reflexion prudente. Réflexion collective, car la pratique des mères porteuses existant légalement dans plusieurs pays, il est nécessaire que la loi Française soit réexaminée, et réflexion individuelle car, pour tout ce qui touche à l’intime profond, il ne peut exister de réponse générale.

Je sais que sur ma route de psy, la question se posera forcement dans mon futur. Je ne sais pas encore les réponses qui naîtront. Je sais que mon regard devra être double, celui de la personne qui souffre et celui de l’enfant qui va naître…

Pascal Zentz
Psychanalyste Paris



2 commentaires

  1. cécile 19 mars

    Bonjour Mr Zentz

    Je suis particuliérement d’accord avec vôtre analyse, j’ai lu il y a quelque temps le livre d’Artur Janov « la biologie de l’amour » qui me fait abonder dans vôtre sens. Je me pose une question concernant le lien familial qu’il y aurait entre l’enfant issu d’une mére porteuse et le regard des enfants que pourrait déjà avoir cette même mére porteuse. Comment peut être perçu le fait de « vendre » un frére ou une soeur biologique, pour un autre enfant quelques soit son âge. Quel regard aura t’il sur cette situation et sur sa mére ? Quels peuvent être les troubles psychologiques que ces enfants déjà présent vont rencontrer ? Je suis trés curieuse de trouver des réponses à ces questions que je n’ai jamais vu abordé pour l’instant. Quand pensez vous en tant que proféssionnel ?

  2. pascalzentz 12 octobre

    Dans le cas de mère porteuse ayant déjà des enfants, il est certains que des questions angoissantes peuvent naître dans les petites têtes. « Ou est passé le bébé? », « va-t-on me vendre moi aussi? »…etc. Il est difficile d’imaginer tout ce qu’un enfant peut penser dans ce cas. La naissance d’un autre est déjà source d’interrogation, alors un autre qui disparaît…

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